incipit, c’est du latin

Aujourd’hui j’ai un peu eu une journée avec pour thème : écrire. Je suis pas mal contaminée par les journées à thème comme ça (si tout le monde joue à un jeu j’ai envie d’y jouer) alors je ressens l’envie d’ouvrir mon ordi et d’écrire un peu. La question du désir d’écrire est apparue plusieurs fois aujourd’hui. Avec à chaque fois la notion qu’il fallait se l’autoriser. J’ai la chance immense dans mon travail d’accompagner des auteurices dans des rencontres avec des scolaires, et donc de rencontrer des artistes. Iels racontent leur rapport à l’écriture, pourquoi iels écrivent, ce qui les inspire, etc. Les élèves sont en général très réceptifs et je pense que ça doit encourager certaines velléités d’écriture. Ça m’a fait penser à moi (voilà ultimement tout me fait penser à moi-même) au collège et mon désir secret d’écrire le grand romain américain.

Je sais pas si j’ai toujours écrit mais en tout cas je crois que j’ai toujours eu envie. Par contre c’était dur de l’admettre.

Souvent quand c’était les vacances scolaires j’avais un projet d’écriture, je rêvais un peu à ce que j’allais écrire, et puis après je le faisais juste pas. J’écrivais que des incipit (c’est du latin ) super compliqués et j’abandonnais. C’était que des histoires de filles qui vivaient une vie que je voulais vivre. Il me semble pourtant qu’une fois j’ai perdu genre 50 pages d’un truc que j’avais pas enregistré, ou bien est-ce que c’est un mensonge que j’ai raconté qui s’est transformé en souvenir? (je mentais pas mal).

L’été c’était aussi pour l’été. A chaque rentrée j’étais deg de ne pas avoir pondu le roman qui allait être la chronique de ma génération, et puis je sais pas au fur et à mesure le désir s’est effiloché, parce que je pense que j’ai commencé à plutôt dessiner, je sais pas trop comment mais ça a pris le pas, alors j’ai plus tellement pensé à écrire. Je crois qu’écrire pour moi c’était trop comme un échec de même pas avoir essayé.

Je préférais dessiner en fait parce que ce que le dessin permet, c’est de définir des espaces, un trait, et voilà. Ça définit les choses, l’espace, et ça ouvre des endroits. Et je pense que ça occupe le corps, ça me calme, alors qu’écrire ça affole mon cerveau. Dessiner me paraît plus évasif qu’écrire aussi, moins nudité frontale de mon âme. Bon j’en termine là de ma comparaison foireuse. Mais ça ressemble quand même. Ecrire c’est aussi nommer, définir, montrer un espace, essayer de ranger les choses, donner à voir. Je crois que c’est un peu ça.

Quand j’étais petite j’écrivais des espèces de bd (je dirais que je suis à l’origine de ce qu’on appelle aujourd’hui : roman graphique) avec que des histoires d’amoureux qui s’embrassent sur la bouche. (et en fait j’ai pas trop changé je fais toujours les mêmes dessins: des duos, des trucs d’amour).

Quand j’ai retrouvé mes cahiers j’ai eu une honte immense et j’ai eu envie de les détruire, parce que je me suis dit que c’était trop futile de ne penser qu’à l’amour, et de vouloir écrire sur l’amour.

Pourtant quand j’y pense il n’y a que ça qui m’importe.

Je ne m’intéresse qu’aux histoires qui parlent de :

aimer des gens, aimer une pratique, aimer un objet, aimer un animal, aimer une habitude, aimer un endroit, aimer ses amix. Aimer d’amour une personne.

C’est un peu neuneu mais voilà, on choisit pas trop ce qui nous intéresse.

cqfd : deux dessins récents

Quand j’habitais en Angleterre quand j’avais 20 ans j’ai essayé d’écrire de la poésie en anglais. J’avais besoin d’exprimer un gros chagrin, c’était vraiment un exutoire. Quand j’ai retrouvé les poèmes j’ai trop cringe c’était horrible. Déjà parce que j’étais pas entièrement bilingue à l’époque donc ma première pensée extrêmement peu bienveillante était « pour qui te prenais-tu » (réponse visiblement pour un génie multilingue). Plus jeune j’avais une très haute idée de moi-même et de mes capacités tout en ayant une estime de moi très merdique et du fait de ce paradoxe apparent j’arrivais vraiment pas du tout à concrétiser les projets ou plutôt les envies artistiques que j’avais. En gros ça crée un perfectionnisme et des attentes impossibles et c’est la paralysie. C’est pas vraiment un paradoxe en fait. Je pense qu’essayer d’avoir moins d’ego et d’accepter de faire de la crotte sans trop avoir honte fait qu’on arrive mieux. (j’ai tout compris à la santé mentale et aussi à la création, n’hésitez pas à me solliciter pour des conseils).

(je m’interromps pour jouer avec mon chat qui me bouscule pour que je joue avec elle. Elle se met debout sur ses deux pattes arrière et elle me pousse de ses mains avec une force surprenante, c’est subtil)

Donc les poèmes. J’avais essayé de faire un espèce de format carré (j’ai également été précurseuse d’Instagram) avec différents … « traitements graphiques » – en fait j’avais changé la typo et le traitement en fonction de comment ça devait être prononcé dans ma tête. Je parlais je crois du chagrin d’avoir perdu ma mère que j’aimais et qui me manquait et du fait de me sentir perdue et toute mélangée, et de vivre à l’étranger pendant une période de deuil.

Pas inintéressant en soi, si je devais m’encourager un peu, dix ans plus tard. Mais quand même, cringe cringe cringe.

(meanwhile j’ai un peu trop cuit mes patates, et elles ont accroché au fond, je suis deg je voilais avoir des petites patates bien kraz là et je me retrouve avec de la purée sèche et de la vaisselle à faire. La poêle en PFAS soit-disant antiadhésive est à chier, encore un truc à changer, à racheter, à gérer)

(peut-être que si je ne faisais pas tout en même temps ça irait mieux. Mais c’est compliqué parce que j’ai souvent un sentiment compulsif à faire tout en même temps et c’est souvent comme ça que je trouve de l’énergie à faire).

Donc les poèmes. Je les avais montrés à un ami prof de littérature anglaise qui a eu une espèce de réaction polie, c’était vraiment pas ouf je pense. Je sais plus, je les ai supprimés. Encore cette bonne vieille honte qui m’a poussée aussi à recouvrir de papier kraft le bouquin que j’avais acheté sur les conseils de je sais plus qui pour pas que ce soit cramé dans le train que je me prenais pour un génie (ou pire, que quelqu’un vienne me parler en me disant ha vous aussi vous lisez ça) : If you want to write d’une certaine Brenda Ueland qui est en somme un truc de self help ou du moins une méthode qui dit en substance: écrire tous les jours, arrêter de se regarder faire. J’en garde pas un souvenir très édifiant mais c’est quand même des bons conseils.

Les patates sont sèches autour et pas trop cuites dedans. deg

Je sais pas si je suis triste d’avoir perdu la plupart de tout ça (les premiers romans graphiques de l’Histoire, mes poèmes nuls, des bribes de journal, les incipits trop programmatiques) mais en fait je suis un peu contente de me dire qu’il y avait des précédents à ce désir d’écrire, et ça constitue un espèce de socle mental. Ça marche aussi avec le dessin, avec n’importe quelle pratique. Je veux dire je pense que c’est pas important de s’inventer un truc destinal, en mode « ah je le savais depuis le début et d’ailleurs mes premiers mots étaient guerre et paix », mais on peut bien se raconter les histoires qu’on veut si ça nous aide.

En fait maintenant j’aimerais pas écrire un roman mais plutôt une bédé, un roman illustré, un mélange. Quand je saurai pas comment dire je pourrai dessiner ce que je veux dire. (j’appellerai ça: roman graphique)

J’ai recuit les patates dans une autre poêle et c’était bon finalement.


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